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jeudi 22 mars 2012

Les percussions magnifiques

J’ai beaucoup pensé, j’ai trop pensé peut-être, mais je devais comprendre. En fait, je crois que je ne comprends pas les gens. Les autres. Les humains.

J’ai cette aspiration à la joie, cet appétit des petits bonheurs, ce besoin vital de trouver le beau en chaque fait, en chaque étape, en chaque création ou situation. Emerveille… C’est cela :

Un jour, j’ai choisi que la vie m’émerveille. 

Grammaticalement, c’est pauvre. Mais je ne peux le dire autrement. C’est moi, le besoin du beau me nourrit, me tient debout, m’anime. La quête de cette complicité parfois si fragile autour d’un instant rassembleur.

Alors, tu vois, parfois, je doute. Parfois ce que je vois est moche et je ne trouve pas l’étincelle, cela m’attriste. Parfois, peut-être je m’habitue ou je ne vois plus, le beau devient ordinaire, et je m’attriste. Parfois, j’entrevois le beau et puis plus rien, et j’en voudrais plus, j’en voudrais encore, mais rien ne vient, j’essaie, maladroitement parce que je ne sais pas parler, d’inviter à, de proposer que, d’initier, de tisonner, mais non.

Alors tu vois, parfois je doute.

En même temps, tu sais, j’ai une chance insolente. J’ai eu la chance au fil de mes vies – les chats en ont sept, qui se suivent les unes après les autres, moi j’en vis plusieurs de front, tu sais bien – j’ai eu la chance donc, de rencontrer des personnes magnifiques, de ces humains précieux qui par ce qu’ils sont, font ou disent, par ce qu’ils vivent ou par leur regard sur le monde, m’ont appris mille chose, ou m’ont confortée dans cette espérance en l’humain, certes parfois fragile, mais toujours là, au fil du temps. De ces humains auxquels je repense toujours avec une grande tendresse, qu’il s soient désormais du passé ou bien présents dans mon quotidien. J’ai reçu de belles leçons de vie, et aussi quelques claques, mais tant de bonheurs, que je ne peux pas rester dans le doute trop longtemps, cela m’est juste impossible. Et pourtant…

Pourtant il m’arrive encore de m’emballer, et puis de m’en mordre les doigts, il m’arrive d’être déçue, parce que les précieux ne sont tout de même pas légion, il m’arrive d’être déçue et de ne pouvoir passer outre la déception. Alors que je suis la première à réclamer le droit à la faille, à la fragilité, à l’imperfection, au relâchement parfois. Nous ne sommes pas des super-héros, nous avons droit à l’erreur ! Je me plante assez souvent que pour obligatoirement intégrer cette, comment dire, ce n’est pas une marge d’erreur, c’est une dose d’humain, quelque chose d’inévitable et de pardonnable, qui ne remet pas en question la globalité de la qualité de l’être, mais autorise à être faillible. Je suis faillible, tu l’es, et nous en avons le droit ! Le droit de trébucher, voilà. Mais nous avons, envers nous-même surtout, en tout cas je me l’impose à moi, le devoir de se relever, après avoir trébuché. Et j’apprécie particulièrement chez mes proches cette même exigence, non pour l’autre, mais de soi à soi. C’est quelque chose qui me touche, qui m’émeut. Un ami, un enfant, un proche qui trébuche et se relève, j’ai envie de me mettre à côté de lui, d’être juste là, un peu comme une main qu’on saisirait au moment de donner le petit coup de rein nécessaire pour se remettre debout…

Et parfois, malgré cela, je ne peux passer au-dessus des petites et grandes lâchetés. Parfois je suis déçue, ou je suis en colère de ces peurs qui nous empêchent d’avancer, de grandir. Parfois je voudrais secouer les cocotiers, taper du pied ou crier fort. De quel droit, je me le demande, je n’ai pas plus raison que vous, elle ou lui. J’ai un regard sur le monde dans lequel je vis, comme chacun, mais je ne prétends nullement avoir le savoir, la solution ou la vérité. Je cherche, c’est tout. Et parfois je pense trouver un début de piste, un petit bout de vérité de vie, une miette de sens, et je voudrais le partager, et je voudrais vous dire : « Peut-être qu’on pourrait chercher par là ? » … mais je suis timide, je souris et je me tais. Ou je dis autrement, à un mur vide par exemple. (Toi qui me lis, laisse-moi un commentaire, j’aurai l’impression que le mur est moins vide.)

Et pareillement, je ne sais pas réclamer, exiger, dire : « hé, mon gars, madame, mademoiselle, j’ai pris de mon temps pour toi, je t’ai donné quelque chose, tu peux dire merci ? ». Et encore, merci, c’est un bête exemple, comme ça… J’ai parfois la rancœur d’avoir perdu mon temps. D’avoir pris sur moi parfois, pour faire ou dire, pour agir, pour créer, pour donner à l’autre, quel qu’il soit. Et rien, que dalle. C’est con, on va pas faire un drame pour ça, tu sais les écorchés ils donnent toujours. Et on dit aussi que donner, c’est pas pour en obtenir quelque chose en retour, non… C’est plus beau quand c’est gratuit, désintéressé, tout ça. Bien sûr. Mais un merci, parfois, ça ferait plaisir. Ou tu sais, quand tu faillis, que tu sais que t’as merdé un truc, dire « Excuse-moi », et expliquer plutôt que fuir… Ce serait bien. Mais je m’égare, je fais ma grande râleuse, alors que mon propos était tout autre, aujourd’hui. Disons que c’était la parenthèse caractère de cochon (mais je la laisse, tout de même, parce que vraiment, je le pense, crotte.)

Mais non, aujourd’hui, je voulais dire la joie. La joie de ces rencontres magiques, que la vie m’offre au fil du temps, et la saveur pétillante, et les élans de créativité qu’elles éveillent. Je voulais dire l’importance de ces moments de percussions humaines, quand, au détour d’une ruelle, dans une expo ou de l’autre côté de l’appareil photo, en buvant un café ou en mangeant une pizza, je suis face à des humains magnifiques, de ces êtres émouvants et brillants souvent, et que mon jour s’illumine. Ces petites heures ou ces années de vie que nous partageons sont ce qui me tient debout, ce qui me nourrit, ce qui me permet d’écrire, de créer autre chose, de regarder le monde avec le sourire.

Pour cela, ces croisements éphémères ou ces histoires au long cours, merci.

vendredi 11 mars 2011

Sur la table

Des mots me venaient et je n'ai pu écrire. L'intensité d'un rêve. Comme si on allait arracher des morceaux de mon cerveau à la petite cuiller. De mon cerveau car mon corps n'est pas impliqué, et mon coeur est fort occupé et pas concerné. C'est donc à mon cerveau aujourd'hui de travailler. Je suis laminée, épuisée par cette journée forte, dense, belle. Belle de ce qui a été, belle des questions posées, belle d'avoir existé. Les réponses, je m'en fous, chacun a les siennes, selon sa peau, selon ses pores, mais cette friction d'âme, cette liberté de dire, la force de l'échange, l'étreinte humaine... Du bonheur, du partage, de la beauté pure... Ce qui nous est, ce qui nous vit !
Je suis sortie de ces 8 heures ensemble, j'ai ressenti les inconnus dans la rue comme une agression, après tant d'intimité. Et dans le téléphone, les mots de l'ami, celui qui est si proche, comme un réconfort dans l'effort au fil du jour, un encouragement à creuser et creuser encore, sur le fil rouge.
Et dans les magasins, rien ne me parle, je veux la peau de mes bébés.
Et cette femme maigre, si maigre, qui avance vers moi, inconnue qui me fait mal dans les os, sous la peau, peut-être que toi tu ne souffres pas mais ta laideur m'arrache.
Et ces hommes qui se retournent sur cette autre, indécence, après la si belle fragilité de la femme du jour.
Et ces idées pillées, détournées, violentées avant même que d'exister, et ces trahisons plus ou moins grandes des absents. Les ab-sents qui ab-andonnent... Ils se servent et s'en vont, coupables pour toujours. Je ne sais pas pardonner. Je ne peux qu'aimer et désaimer. Hélàs.
Imprimée par une journée, incapable de partir, incapable de rester, je prends la mesure de l'amour dit, et celle de l'amour tu.
Nous sommes vivants. Ca vaut bien tous les murs.

samedi 26 février 2011

Attrape-rêve

Je rentre chez moi. Je croyais que j'avais compris deux trois trucs sur la vie, pas tout, mais un peu quand même... Et je constate que je me suis trompée. Cette violence quasi-physique qui détruit nos rêves, cette intrusion inhumaine dans l'espoir, cette dérive du conformisme, et de l'inévitable anti-, ces mots d'adieu qui n'en sont pas, ces mots de rêves qui n'en sont plus.
J'ai cru, hier, il y a deux mois,  ce soir,  que la vie pouvait être belle, forte, riche, drôle, sincère, complice et souriante.

Je rentre. La porte se ferme sur les rêves. La réalité est bien là. Vide.

mercredi 23 février 2011

Apprivoiser

J'ai envie de sourire.
Et j'ai envie de pleurer.
Je prends la mesure du monde autour en mode écorchure : j'ai enlevé ma peau d'armure aujourd'hui. Comme une prise de risque monumentale dans une toute petite petite petite minute à rougir.
J'ai laissé approcher un humain.
(Vous avez lu ma définition de l'humain ?)
Pas trop, hein... Parce que bon, ... Y'a les carapaces, tout ça...
Mais un petit peu.
Et c'était gai. Ca n'a pas fait mal. C'était même sourire...
Alors peut-être que, parfois, les humains ... Enfin... Peut-être qu'il y a moyen de laisser approcher les gens sans se faire mal...Et même s'en trouver bien.

Indécent, hein ? Ouais... Comme du bonheur en dose paillette qui affleure sous l'eau, dans les silences.

vendredi 11 février 2011

C'est la rage au ventre que je constate... que les gens sont fous ! Ils se font passer pour ce qu'ils ne sont pas, ou crient dans le vide ce qu'ils sont. Dans tous les cas, le résultat est le même : vide absolu, incommunicabilité, frustration, colère, haine.

Dire ce que je suis. Je suis une femme, une mère, une écriveuse, une employée.

Dire qui je suis. Céline. Fil d'émotions disparates et fluides, écorchées et sanguinolantes, lumineuses et éphémères, ancrées et constructives.

Je veux donner de mon temps aux vrais, aux humains qui me ressemblent, qui osent vivre malgré les incertitudes, qui osent aimer, qui osent regarder l'autre dans le fond des yeux, sans se trahir, droits, sincères, courageux. Ils sont rares, ces humains-là. Mais j'ai beaucoup de chance, car j'en connais deux, trois...

jeudi 13 janvier 2011

lundi 6 décembre 2010

Âmes insensibles s'abstenir

Il est 19h54. Je rentre chez moi, la maison est vide, il fait noir, il fait froid.

Oui, c’est une journée où on a super bien travaillé, les résultats sont sur le papier, et c’est gai de bosser avec des gens concernés. Et à 18h, j’ai refermé la porte du bureau, tout le monde était parti, et j’ai fait le trajet inverse, métro, train, maison. Clef dans la porte silence.

Oui, il y a eu une vraie bonne nouvelle, un de ces projets un peu fous qui d’un coup prend une crédibilité et une viabilité, récompense aussi d’un travail mené en bonne intelligence… C’est super. Chacun y va de son message de félicitation, et c’est très gentil, et ça me touche beaucoup. Mais là ce soir, je vais boire mon verre d’eau toute seule pour fêter ça.

Oui, il y a ces dix idées à la seconde, ces ressources multiples, et les amis qui appellent : T’as pas une idée pour mon bricolage ? Tu sais dépanner mon ordi ? Je peux te raconter ma réunion ? Tu peux me dire comment on fait les cakes au chocolat ? Ah oui, super merci keskonferaisantoa salut bonne soirée. Et ça me fait plaisir que vous m'appeliez pour vous aider. Et chaque fois, je réponds, gentille, sourire, et tout, parce que je me sens utile, je sens que je sers un peu à quelque chose.

Je suis UTILE, utile et c'est tout.

Je ne demande rien en retour, mais parfois, bordel, j’aimerais bien moi aussi appeler quelqu’un à l’aide pour un truc que je ne sais pas faire, j’aimerais bien avoir quelqu’un à qui raconter ma putain de journée de merde, j’aimerais bien après le boulot retrouver des êtres humains en chair et en os et pas toujours ces photos sur fond bleu et blanc, et ces sourires jaunes tous les mêmes, dans un monde où tout le monde sourit tout le temps pour ne pas montrer le vide, j'aimerais bien avoir quelqu'un qui me donne envie de rentrer chez moi, et qui a des choses à raconter, et envie de m'écouter, et pouvoir aussi déposer mes responsabilités, et ne pas avoir froid aux pieds dans le lit vide et...

Car nos vies sont vides. Enfin, ma vie est vide. Il n’y a pas de sens à tout cela, il n’y a rien de construit dans cette hyperactivité, qu’un masque pour combler le manque, la solitude, l'insatisfaction. Travailler, trop, bosser, sur tout et n’importe quoi, être toujours sourire, et toujours dispo, et toujours à répondre oui à chaque demande…Et je vacille...

EST – CE QUE QUELQU’UN S’EST DEMANDE

SI J’ALLAIS BIEN AUJOURD’HUI ?

Oui, en fait. Quelqu’un. Deux quelqu’un même. Deux quelqu’un qui ont pris leur ordi ou leur gsm– c’est mieux que rien, hein ?- pour m’envoyer qui un sourire, qui un vrai réconfort. Pourquoi ? Parce qu’ils vivent pareil. Et quand on vit pareil, on n’a pas besoin d’expliquer. Le vide après la journée dans la foule, on n'a pas besoin d'expliquer le froid, le noir, on n'a pas besoin d'expliquer la peur de crever seul dans son coin. Y'a pas besoin de partir dans le désert pour ça. Je peux crever ici, maintenant, dans cinq minutes. Vous n’en saurez rien avant samedi au moins. Ca fait peur ? Posez-vous donc la question… Qui est là s’il vous arrive un truc ? Et qui est là s'il m'arrive un truc, à moi ? Pourquoi est-ce que je ne quitte jamais mon téléphone ou mon ordi ? Parce que c’est mon seul lien avec le monde des vivants, les gars. Et oui.

Je sais, c’est moche ce que je raconte, c’est triste, et peut-être même que vous allez m’envoyer un message culpabilisé après, pour être sûr que je n’ai pas poussé le plongeon trop loin dans les abysses, Maurice.

Mais c’est la vie comme je la vois aujourd’hui… Une longue traversée du désert humain. Je crève de soif dans un monde où il n'y a qu'à manger.

Bien sûr, demain, ça ira mieux, et je n’y penserai plus.

Mais là, hein… J’ai pas envie de sourire.

J'ai juste envie, parfois, d'être inutile.

vendredi 17 septembre 2010

Stetson à trois sous

Je me sens étrangère. Surnuméraire. Excédentaire. Je ne reconnais pas le monde, les gens, les lieux. Tout semble sous tension, comme si, comme si. J'ai peur en marchant dans la rue, je regarde cet homme, son alcool à la main, je le trouve pitoyable. S'évader, un soir une heure une nuit boire à s'en pourrir le foie, jouer aux grands et s'effondrer là, sur le trottoir, dans la fange des merdes de chiens diluées à l'urine des panses dilatées.
Les gens sont laids, ils me dégoûtent. Est-ce la sobriété qui me rend lucide ? Est-ce mon déterminisme à aimer mon prochain qui flanche encore ?
Les gens sont laids.
Et que je t'attaque par devant, par derrière, tu ne sais pas à qui tu parles et tu trucides sans pudeur. Tu n'as pas besoin de dire que l'autre est nul pour prendre de la valeur. Si tu savais comme ça te rend minable... Et quand tu comprends et te rétrécis, il est trop tard, mon gars. Tu as dérapé, trop vite, avant même que la confiance n'existe. Tu es rayé.
Les gens sont laids.
Je suis aussi un gens, je me sens moche, et pourtant je sais que mon regard s'illumine encore, parfois. Je sais que je peux tout donner. Et tout reprendre sur un mot, une phrase ou un silence. Alors, quoi ?
Les gens sont laids.
Dans la nuit, le sombre, l'obscur, j'aurais pu ce soir aussi boire et les lunettes roses, mais non. Je veux sentir, je veux comprendre et me souvenir, je veux savoir où je vais, maintenant, les yeux ouverts.
Et je veux trouver le beau, dans cette laideur.

mercredi 28 juillet 2010

Après la colère.

Vivre en conscience, sur le chemin d'être au plus juste avec soi, exige de nous ces écorchures de la nuit. Laisser l'autre être autre, dans l'absence totale d'attente, d'exigence ou d'espérance, est un voeu pieu. Nous avons tous des attentes, et des espérances. Ceux qui n'en ont pas n'ont rien de grégaire, rien d'humain... Nous pouvons tendre à plus de liberté, nous pouvons tendre à plus de vide entre nous, afin que ce qui arrive soit une rencontre et non une projection fantasmagorique. Mais nous serons toujours faillibles, dans l'espérance, dans l'encouragement, dans l'abandon. L'heure de lucidité, ou de dés-abuser, est une heure grave, précieuse, une heure où l'on peut dire simplement ce qui est, allumer la petite lumière pour montrer quel est le chemin proposé, et avancer. Ou pas. Parce qu'être vrai n'est pas confortable...

jeudi 1 juillet 2010

La fatigue, peut-être ?

Aller plus loin, aller trop loin, et renoncer, reculer, changer de direction. Prendre le regard de la légèreté, de l'inconséquence, faire le clown, masquer les drames et les béances, que d'aucun ne mesure jamais la profondeur de ces abysses.Travailler avec une certaine exaltation l'intouchable façade, ne laisser passer que par les yeux les errements dissociés, les égarements de sens, les déceptions. Ce n'est pas grave, en soi, d'être déçu par l'un ou l'autre qui nous entoure.

Mais que faisons-nous alors de nos étoiles éteintes ? Faut-il les jeter négligemment dans la rivière ? Nier jusqu'à leur existence ? Se rendre lisse et sans aucun relief personnel à nos vies ? En suis-je réduite à cela :



ne jamais pouvoir partager le sang
qui me dégouline des pores et des espoirs


Alors tout cela ne sert à rien ? Cette exigence envers soi de donner le meilleur, pas dans une obligation de réciproque, mais tout de même , dans une légitime attente que chacun, dans la mesure de ses possibles et de ses lois, donne, ne fût-ce que les miettes, mais avec sincérité ? Aller au bout de nos actes et mettre du coeur à l'ouvrage...
Parce qu'il est parfois urgent que les choses bougent, sous peine de ne plus y croire.

Ce monde pue le factice.

J'ai des larmes dans les yeux de voir cette gamine
exposer ses seins trop beaux pour être honnêtes
et se scandaliser qu'on les regarde.

J'ai des larmes dans les yeux de ne pouvoir juste rendre
un sourire ou un regard empreint d'amour
parce que l'amour est devenu un gros mot dans ce monde-ci.

J'ai des larmes dans les yeux de batailler entre moi et moi
pour comprendre à quelle forme de silence humiliant je suis contrainte.

J'ai des larmes dans les yeux de voir cette souffrance qui hurle
et de me sentir trop lâche
pour la regarder en face.


DONNEZ MOI DU VRAI



Etsurtoutgardezlamonnaie.

mercredi 12 mai 2010

Tribute from ze little red bee

Il y a un peu moins d'un an, mon ami Marc, homme d'une intelligence exceptionnelle qui n'a d'égal que... son sens de la justice, Marc donc m'emmenait écouter un ami commun, qui jouait à la Capitainerie. J'étais un peu étonnée... Je le connaissais acteur, mais pas chanteur. Et puis en fait oui, mais non. Je me souviens, il y a sept ou huit ans, on buvait des verres le soir en terrasse, parfois on trainaillait et on refaisait le monde, en mieux. Puis j'ai eu mes bébés, mes filles, et j'ai quitté quelques temps le centre ville et ses rencontres au hasard des ruelles... J'y suis revenue, repartie, revenue ...hum c'est compliqué. Et je m'égare encore dans des digressions sans aucun intérêt que de nourrir mes petites nostalgies perso... J'abrège.

Bref, l'ami Thierry, Tcherry, vlà t'y pas que ce qu'il faisait là, avec son batteur et ses deux guitaristes, c'était bien bien chouette... De l'impro musique et texte... T'imagine un peu ? Bon impro, tout le monde connait, musique tout le monde connait aussi. Mais là... C'est carrément de la poésie à l'arrache, de l'écorchure à coup d'émeri devant tout le monde, du aïe qui sublime... Bref, évidemment, j'ai trouvé cela magnifique, et emballant, et innovant, et puis ça lui collait tellement bien à la peau, c'était une évidence. Il avait trouvé SON truc, son mojo, son feu du dedans que ravivent les étincelles des quotidiennetés.

Sauf que ce soir là, il manquait sa moitié. Pas sa douce moitié - femme ô combien exceptionnelle de patience et de beauté- , non non non, sa moitié musicale, le petit Siddhartha. Ca craint, hein ? J'savais même pas qui c'était, moi. Alors j'ai pris les noms et les copies, et chuis allée écouter sur le net... Devriez faire pareil : ici et ... Jusqu'à ce que la pièce tombe : bien sûr, le petit Siddhartha, c'est le gentil musicien aux cheveux longs qui chante "Loosing my religion" dans la rue de l'ouvrage le lundi ou le mardi, jusque 17h15. A chaque fois, les filles demandent pour l'écouter. Faut dire, il est tout mamée, avec son chapeau et ses bouclettes... Et mes filles, c'est le coeur d'artichaut de leur mère, mais en version fillettes princesses... Mais comment se fait il donc que le petit Sid soit le musicien "homme orchestre" de l'ami Tcherry - aussi surnommé par ailleurs "tête d'oreille", pour une sombre histoire de manteau à fleur survenue entre Flore et lui il y a quelques années... Diantre, ma ville est un village...

Et aux fêtes de village, on invite les artistes locaux, souvent. Et donc les occasions se sont représentées d'écouter Tcherry et Sid, parfois avec d'autres, parfois juste avec le petit batteur -Et ce "petit" n'a rien de péjoratif, il sait y faire... Et à chaque fois, au Belvé, aux fêtes de Wallonie, la magie prenait : l'espace éphémère de quelques notes, une histoire se dessinait, au fil des instruments tordus, et des rythmes sombres... Des histoires de vie, de rêves, d'espoir ou d'échec. Des histoires cochonnes parfois. Des histoires belles, toujours.

Et puis l'image des loups s'est imposée d'elle-même, pour désigner ce trio mi-sauvage, indomptable, définitivement, mi-terriblement humain. La troisième moitié -si, il y a toujours trois moitiés, c'est comme ça !-, je la laisse aux oniriques loups garous et vendredi heureux...

Et un jour, les Loups ont commencé à enregistrer des chansons. Ca se sentait : la musique léchée, le texte directement dans le vif, dans la chair, le rythme construit... Et évidemment, c'était waouw. Parce qu'ils ont pris le temps pour faire les choses mieux que bien.

Et ce soir, là, ce mercredi 12 mai, à 22h, jour où on aimerait gambader en sandales bio et tshirt décolleté de la mort sans se dire que justement on risque la mort tellement il fait froid, ce mercredi donc... Les Loups de Vendredi13 donnent leur premier concert de ces compositions enregistrées, en prélude à la sortie d'un album. On y parle de vie, de mort, on y parle de failles, de petites phrases qu'on n'a pas dites, mais pensées très fort, on y parle de liberté, de sensualité... Bref, on parle de vie, en mode Prozac : le bonheur n'est pas que dans la légèreté et l'insouciance, et même : et si le bonheur était dans cette appréhension quasi-charnelle de nos doutes et nos incertitudes ?

Bref, je m'égare, encore, parce qu'il est bon parfois, de poser ses fesses et de penser un peu à ce que l'on fait, à ce que l'on est, à ce que l'on dit... Et ce soir, j'avais envie de dire pourquoi moi, l'abeille rouge, j'ai eu -au-delà du coup de foudre musical- un véritable emballement humain pour ces trois artistes ... Juste parce qu'ils sont vrais, et qu'ils osent se donner les moyens de dire.

Je ne veux pas encore avoir l'air de faire de la retape à deux balles, hein... Je ne le fais jamais, si ce n'est pour ce qui vraiment me convainc. Je pense que la dernière fois, c'était pour -enfin contre- les OGM dans la bio, et je me suis vraiment fâchée très fort... Mais si ce soir, plutôt que de vous farcir une soirée avec Gregory House (et, au demeurant, il y a des chances que vous ayez la télévision numérique, et donc que vous puissiez enregistrer... moi c'est ce que je fais, j'avoue), si par bonheur l'envie vous prenait d'aller faire un tour hors de chez vous, pour voir des vrais gens, avec de la vraie vie, et que vous vous sentez l'envie de pousser une p'tite pointe jusque Namur... Surtout, surtout ne les manquez pas. Vous ne le regretterez pas, foi d'abeille.